Une jeune fille destinée à devenir l’un des symboles les plus éclatants de la France est née à l’ombre de la tour Eiffel. Même si, pour être honnête, la tour reste plus populaire.
Le 28 septembre 1934, à Paris, à seulement quelques centaines de mètres de l’attraction touristique la plus célèbre du pays, naît Brigitte Anne-Marie Bardot. Peut-être est-ce cette proximité avec un symbole de la culture française qui a façonné son destin : devenir une icône à la fois adorée et détestée.

De ballerine à bombe fatale
La petite Bébé (comme on l’appelait dans la famille) rêvait de chaussons de pointe, pas de projecteurs. Pendant des années, elle s’entraîna avec assiduité au ballet, s’imaginant en cygne gracieux. Mais le destin avait d’autres projets — bien plus scandaleux.
À 14 ans, un rédacteur du magazine Fashion Garden lui proposa une opportunité de mannequinat. Sa mère s’y opposa d’abord, puis accepta à une seule condition : son nom complet ne serait pas utilisé, uniquement les initiales B.B. Qui aurait pu deviner que ces deux lettres deviendraient bientôt l’une des marques les plus reconnaissables de France, juste après Chanel ?

Un premier mariage comme une start-up
En 1950, Bardot apparaît dans le magazine Elle, où le réalisateur Roger Vadim la remarque. Ses parents sont ravis : leur fille va devenir actrice ! La Bardot de 15 ans tombe cependant éperdument amoureuse du réalisateur, de six ans son aîné. Lorsque ses parents leur interdisent de se voir, elle tente de se suicider. Par la suite, l’interdiction est levée, mais le mariage doit être repoussé jusqu’à sa majorité.
Ils se marient le 19 décembre 1952. Vadim se convertit au catholicisme et reçoit de la mère de Bardot un appartement indépendant en cadeau de mariage. Leur union dure jusqu’en 1956, période durant laquelle Bardot tourne une vingtaine de films, dont le légendaire Et Dieu… créa la femme. Ironiquement, le film qui lui apporte une renommée mondiale provoque aussi la rupture avec son mari-réalisateur.

Sex-symbol malgré elle
Bardot débute à l’écran en 1952, mais accède à la véritable célébrité en 1956 avec Et Dieu… créa la femme. Sa danse sur la table devient une bouffée d’air frais pour la génération d’après-guerre — même si ce n’est sans doute pas seulement l’air qui a coupé le souffle du public.
Elle est la première actrice à apparaître en bikini à l’écran, puis sur la plage de Cannes en 1952. Ce maillot devient le symbole d’une nouvelle ère de liberté. Les Beatles l’adorent, Bob Dylan écrit sa première chanson pour elle à 15 ans, et la coiffure « babette » du film Babette s’en va-t-en guerre lance une mode qui durera des années.

Une seconde vie : de la beauté aux bêtes
Après avoir quitté le cinéma, beaucoup se demandaient ce que Bardot ferait ensuite. La réponse vint en 1987 lorsqu’elle fonda sa propre fondation pour la protection des animaux. Elle s’y consacra avec la même passion qu’elle mettait autrefois à l’écran.
Bardot devint une véritable militante, luttant contre la fourrure, le cuir et la cruauté envers les animaux. Parfois, ses méthodes surprenaient. Par exemple, elle fit un jour castrer l’âne d’un voisin qu’elle soupçonnait de mal se comporter envers son cheval. Peu de gens auraient imaginé une telle solution.
Mais les résultats comptaient. Grâce à son activisme, la France introduisit de nouvelles règles pour un abattage rapide et sans douleur du bétail — des changements majeurs touchant des millions d’animaux.
Paradoxes politiques
Contrairement à la plupart des défenseurs de la nature, Bardot affiche des opinions d’extrême droite. Son mari, Bernard d’Ormale, fut ancien conseiller du Front national. Elle critique ouvertement les musulmans, les homosexuels et l’art contemporain. Sa franchise l’a conduite plusieurs fois devant les tribunaux, où elle a payé des dizaines de milliers d’euros d’amendes pour intolérance raciale et sexuelle.
Plus de 90 ans et toujours iconique
Aujourd’hui, Brigitte Bardot fête son 91ᵉ anniversaire. Sa biographe, Marie-Dominique Lelièvre, déclare : « Bardot est Bardot. Elle échappe à toute définition. À bien des égards, elle reste une enfant insouciante et égocentrique. »
Peut-être est-ce là le secret de sa longévité. Alors que d’autres stars tentent de répondre aux attentes du public, Bardot est toujours restée fidèle à elle-même — imprévisible, contradictoire et d’une sincérité absolue dans ses passions comme dans ses aversions.
