Romane Bohringer : l’histoire bouleversante d’une mère absente, d’un manque d’enfance et d’une quête d’identité
Derrière le sourire et la carrière accomplie de Romane Bohringer se cache une histoire familiale marquée par une profonde blessure. Fille du célèbre comédien Richard Bohringer, elle a grandi avec une absence qui a longtemps occupé une place centrale dans sa vie : celle de sa mère, partie alors qu’elle n’avait encore que quelques mois.
Cette séparation précoce a profondément marqué l’enfance de l’actrice. Élevée principalement par son père et ses grands-parents, Romane Bohringer a grandi sans véritable lien avec ses origines maternelles. Pourtant, loin de rester prisonnière de cette douleur, elle a progressivement cherché à comprendre le parcours de cette femme qui lui a donné la vie, mais qu’elle a si peu connue.
Une mère partie alors que Romane n’avait que neuf mois
Lorsque Romane Bohringer voit le jour le 14 août 1973, rien ne laisse imaginer que son enfance sera rapidement bouleversée. Sa mère, Marguerite Bourry, surnommée Maguy, quitte pourtant le foyer familial alors que sa fille n’a que neuf mois.
Cette absence devient une réalité avec laquelle la jeune Romane devra grandir. Son père, Richard Bohringer, prend alors une place essentielle dans son éducation. Entourée également de ses grands-parents, elle construit son enfance dans un environnement différent de celui qu’elle aurait pu imaginer.

Pendant longtemps, la figure maternelle reste une interrogation, un vide difficile à combler. Mais avec les années, Romane choisit de ne pas seulement voir cet abandon comme une rupture : elle cherche aussi à comprendre l’histoire personnelle de sa mère, ses blessures et les raisons qui ont pu expliquer son départ.
Une femme au parcours marqué par les blessures et la recherche d’identité
L’histoire de Maguy Bohringer est elle-même traversée par de nombreuses épreuves.
Née à Saïgon d’une mère vietnamienne et d’un père corse, Marguerite Bourry arrive en France à la fin des années 1950. Elle est accueillie à Mende, en Lozère, après un parcours d’exil qui façonne profondément sa personnalité.
Romane Bohringer mènera elle-même des recherches pour découvrir cette partie méconnue de l’histoire familiale. En retrouvant les traces du passé lozérien de sa mère, elle tente de reconstruire un portrait plus complet de cette femme longtemps restée mystérieuse.
Car derrière l’image d’une mère absente se cache aussi une personne ayant connu une existence complexe, marquée par les questions d’identité, l’adoption et la difficulté de trouver sa place dans le monde.
Le regard de Richard Bohringer sur la mère de sa fille
Au fil des années, Richard Bohringer a également livré son regard sur Maguy. Malgré la séparation et la douleur liée à son départ, il n’a jamais réduit son ancienne compagne à cet abandon.
L’acteur parlait d’elle avec beaucoup de tendresse, décrivant une femme sensible, intelligente et profondément libre. Il expliquait que son parcours personnel avait été difficile, notamment en raison de ses origines et de son sentiment d’être toujours à la recherche d’elle-même.
Selon lui, son départ ne traduisait pas simplement un rejet de sa famille, mais plutôt une souffrance intérieure plus profonde. Il estimait qu’une personne en quête d’identité pouvait parfois être impossible à retenir, car elle cherchait avant tout à se retrouver elle-même.
Cette vision a certainement contribué à permettre à Romane de porter un regard plus nuancé sur son histoire familiale.
« Dites-lui que je l’aime » : une manière de raconter cette absence
Des années plus tard, Romane Bohringer choisit de transformer cette blessure intime en création artistique.
Avec le film « Dites-lui que je l’aime », elle explore la relation complexe entre une fille et une mère absente, ainsi que les traces laissées par un manque qui accompagne toute une vie.
Ce projet devient une forme de libération personnelle. À travers la fiction, l’actrice met des mots sur une douleur ancienne, celle d’avoir grandi sans connaître pleinement celle qui l’avait mise au monde.
Pour Romane Bohringer, raconter cette histoire ne signifie pas seulement revenir sur une souffrance passée. C’est aussi une façon de comprendre, de transmettre et peut-être de réparer une partie de son propre récit familial.
Une disparition brutale qui intervient alors que Romane retrouve un équilibre
Après son départ du foyer familial, Maguy Bohringer avait reconstruit sa vie auprès du journaliste Maurice Najman et de leur cercle d’amis, notamment des personnalités du monde artistique.
Cette nouvelle existence l’a éloignée davantage de sa fille, avec qui elle n’a malheureusement jamais eu l’occasion de construire une relation véritablement proche.
Au début des années 1980, Richard Bohringer refait sa vie avec Astrid Marcouli. Le couple se marie alors que Romane est adolescente, à une période où la jeune fille tente progressivement de trouver un nouvel équilibre familial.
Mais peu après cette étape importante, un nouveau drame survient : Maguy disparaît brutalement.
Elle meurt à seulement 36 ans, alors que Romane n’a que 14 ans. Selon les témoignages rapportés par la suite, son décès serait survenu à la suite d’une mauvaise chute.
Pour l’adolescente, cette disparition représente une épreuve particulièrement complexe : perdre une mère qu’elle connaissait peu, mais dont l’absence avait pourtant occupé une place immense dans sa vie.
Une histoire familiale transformée en force
L’enfance particulière de Romane Bohringer a forcément influencé la femme et l’artiste qu’elle est devenue.
Son parcours est marqué par la recherche de compréhension, le besoin de donner du sens aux blessures du passé et la volonté de transformer les douleurs personnelles en expression artistique.
Plutôt que de rester définie par l’absence de sa mère, elle a choisi d’explorer cette histoire, d’en parler et d’en faire une source de création.
Aujourd’hui, Romane Bohringer porte un regard plus apaisé sur cette relation impossible. Elle semble avoir accepté que l’histoire de sa mère était aussi celle d’une femme fragile, en quête de liberté et confrontée à ses propres blessures.
Une histoire faite de silences, de séparations et de regrets, mais aussi de résilience, de compréhension et de transmission.

